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C'était mon double ...

Je me souviens de l'arrivée de Zigmund chat à l'Escale, il y a neuf ans ; des amis nous avaient apporté cette petite chose noire de 6 mois  pour nous consoler de la perte de Zoé. 

Leur jeune fils  avait déclaré :  vous verrez  ce chat, il  crée du lien !
Je crois que, comme humains,  nous lui avons plu tout de suite, il a insisté pour dormir dans notre chambre, nous avons été faibles... il a trouvé le lit à son goût, chaud et confortable à souhait, puis  a pris la décision unilatérale de s'inviter en pleine nuit sur moi, son esclave, dans la position chat=1 homme =0. 
Les premières nuits furent donc  agitées car, comme tous les jeunes chats, Zigmund se mettait en pleine nuit à cavaler partout sur le lit, puis tentait de se rendormir entre nous.
Il était drôle, remuant, câlin, excité, capricieux. 
Nous avons rapidement créé le verbe zigouiter pour caractériser cette énergie débordante. Comme disait Gabrielle : "c'est pas un chat pour vieux ".
Il zigouitait quand il s'attaquait au linge étendu, ou quand il fonçait tête baissée à travers la chatière  pour entrer dans la maison en donnant un coup de patte violent dans son jouet bouchon de liège suspendu un peu plus loin.
Grâce à cet entrainement de ninja, il devint un bon chasseur et tous les matins nous avions des morceaux d'oiseaux  ou des estomacs et têtes de souris déposés comme des cadeaux sur le tapis. Il nous fallait effacer les traces du carnage car  la femme de ménage était prompte à criser.

Un an après sa prise de pouvoir à l'Escale, Zigmund disparut. Après 24 h de recherches, nous l'avons trouvé blessé probablement par une voiture. Le meilleur véto du coin fit une chirurgie de haut vol : avec ses honoraires non conventionnés, nous aurions pu nous offrir un petit  voyage ; nous avions un peu honte de la somme dépensée, mais nous étions heureux de retrouver notre matou même "défiguré du cul" (j'avais en vain tenté de négocier avec le vétérinaire de ne pas lui couper la queue).
L'accident calma définitivement notre Zig qui, prudent, ne se hasarda plus jamais dans la rue.
 
Quelques mois plus tard, Elvis, un jeune chat roux abandonné, élut domicile à l'Escale.
Plus tard, malgré son aversion pour ce squatteur, Zig ne se remit jamais de la mort d'Elvis et passa des heures  à scruter le fond du jardin en attendant le retour de son souffre douleur préféré. 
Progressivement, Zigmund est tombé malade, a fait des occlusions intestinales carabinées ; il avait droit à ses croquettes riches en fibres achetées à prix d'or qu'il dédaignait le plus souvent ; nous achetions des lardons fumés exprès pour lui (il avait vite appris à faire la différence entre le "bas de gamme" et le"un peu mieux").
Quelques jours avant notre départ pour Paris pour le #BlackFriday il a refusé  les restes de yaourt, les morceaux de jambon, le lait ... toutes choses qu'il adorait.
Le verdict du véto fut sans appel : opérer repousserait le problème et le fécalome énorme se reproduirait régulièrement. Zigmund souffrait et souffrirait encore ; nous avons caressé tendrement une dernière fois notre chat fétiche avant qu'il s'endorme pour toujours...
Il faisait nuit quand j'ai creusé le trou au fond du jardin...
Pour noyer notre chagrin nous sommes allés au restaurant et avons descendu une bouteille de rosé en l'honneur de mon double disparu.
A notre retour, nous avons branché la télé. 
Notre tristesse de la perte d'un animal devenait peu de chose à côté  des horreurs de cette effroyable soirée.
C'est pour ça que j'ai hésité avant d'écrire ce billet, dont le sujet vous paraîtra mineur, futile  peut être même indécent.
Oui c'est vrai ce n'était qu'un chat ...mais nous l'aimions.

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