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Voter : "il ne peut en rester qu'un"

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Partout dans les médias, on nous a gavés avec les programmes des candidats à la primaire de la droite.
Impossible d'ignorer les petites phrases et grandes promesses de Fillé ou Juppon.

Ce dimanche  je suis passé devant le bureau de vote, j'avais un rendez vous avec des amis dans une salle voisine.
Jusqu'au matin même, j'avais balancé 
"vas y,  élimine celui qui t'a donné des allergies pendant 5 longues années  " disaient les voix 
"ça va pas la tête ! " répondaient les autres   "tu vas quand même pas leur filer 2€  pourquoi pas 4€ pendant qu'on y est ?" et certaines d'ajouter : "tu vas quand même pas signer que tu te reconnais dans leurs valeurs ?"
Sinon :"Envoie donc un don  soit à la" vraie" gauche  quelque peu sinistrée, celle qui a  parfois des idées proches des tiennes, soit  aux zèbres."


Le chemin pour mon rendez vous passait pile poil devant les bureaux de vote, or  ici  je suis connu ... Mes patients étaient là, dans les files d'attente,  et, quand je les ai salués de loin, j'ai bien vu  que beaucoup s'attendaient à ce que j'entre ... Sur le chemin du retour, j'ai croisé ceux qui allaient voter ; petit  délire :  un brin honteux, je me suis imaginé qu'ils croyaient que je revenais du bureau de vote.

Bien ... Je n'ai pas eu besoin de me parjurer ;  les électeurs  ont éliminé sans ma goutte d'eau  celui que je ne voulais plus revoir.
Il en reste deux... 

 Et après ?  
Vais je aller à la primaire de gauche ? *
Quelle gauche ? Où ça, une gauche ? 
J'hésite  j'hésite  j'hésite  j'hésite j'hésite
ça me mine, j'y pense en permanence. 
Ceux qui seront au 2ème tour seront mauvais,  tellement mauvais que je me pose vraiment la question  d'un bulletin blanc.

Il m'arrive de pester (intérieurement) de la difficulté qu'ont beaucoup de mes patients à choisir entre 2 verres de  lunettes. Il m'arrive de leur dire "si vous voyez insuffisamment, si vous ne pouvez  pas choisir le meilleur, au moins,  essayez de choisir le moins mauvais ... Beaucoup répondent en répétant  :  "mais je ne vois pas la différence ! " ou "je vois tellement  mal". Et voilà que je me mets à comprendre la difficulté qu'ont mes patients à me désigner "le meilleur verre "ou "le moins mauvais" 
Que la vision soit bonne ou mauvaise,  il va bien falloir  au bout du compte, qu'il y ait deux  "meilleurs verres"  gagnants / deux candidats au 2ème tour puis au final  un seul président   Alors  on fait comment hein ???
Et en cas de  quasi cécité ? :  le patient ne choisit pas son verre, on met un verre approximatif  ou "neutre ". 
En politique, la cécité, correspond à la fin de la démocratie.
J'ai envisagé le pile ou face (après avoir éjecté les vrais nuisibles et les tocards) il en reste  quelques uns... les moins pires. 
Je ne vois presque plus rien et je broie du noir...
C'est un cauchemar.
Comme dans Highlander, "il ne peut en rester qu'un ."



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et ils sont où ... les services publics ?

Théoriquement j'avais prévu de partir en stage pour 3 jours 
Mais finalement, je n'ai pas voulu m'éloigner de Pa et j'ai annulé.
Alors voilà, j'avais un jour entier devant moi pour gérer tout ce que je procrastine  habituellement.

Gabrielle et moi sommes donc partis à Grandeville. 
J'avais programmé un passage à la sécu histoire de demander des renseignements sur mon futur passage en secteur non conventionné, et de m'offrir la joie malsaine de voir leurs vaines tentatives de dissuasion. Bon j'imaginais aussi une réaction inverse du style "on vous retient pas !" et dans ce cas je me voyais leur dire que je préférais un bon divorce à un mariage pourri qui n'avait que trop duré.
Bref j'étais "chaud bouillant" et Gabrielle espérait assister à l'échange.
Quand nous sommes arrivés, il y avait une file d'attente assez longue, et une hôtesse d'accueil dont le job consistait à faire patienter la foule en délire. Le café matinal commençait à produire son effet diurétique, mais, renseignement pris, pas de toilettes ouvertes au public ni dans cet immeuble ni dans l'immeuble public voisin ! 
Après un nouvel arabica au bar PMU du coin,  (des habitués ont commandé un punch et j'ai cru à une blague jusqu'à ce que je voie les verres remplis du breuvage orange) nous retournons prendre notre tour dans la file de la sécu. Je demande à l'hôtesse un RDV avec le service RPS (relations avec les professions de santé). Elle me donne un n° de tel surtaxé bien sûr et comme par hasard  indisponible ce jour.
J'abandonne donc mes projets de démoralisation des employés de la sécu pour aller régler deux petits différents avec dame URSSAF : là, porte close et on a le choix entre une sonnette "si vous avez rendez vous sonnez !"  et une affiche " pour prendre RDV connectez vous sur urssaf.fr  ou tel au XXXX". Bingo ! numéro surtaxé serveur vocal à choix multiples dont aucun ne me satisfait et bien sûr au final pas  le moindre être humain disponible...
J'avais aussi programmé une demande de RDV à l'inspection du travail rigoureusement injoignable par téléphone mais j'ai décidé que ça  suffisait.
Au final le seul être humain  était l'hôtesse de la sécu qui s'est contentée de me donner un n° de tel surtaxé et pourri.
Cette matinée m'a permis de tester les sévices services "publics"* "humains free"  de Grandeville, mais je suppose que c'est partout pareil, enfin quand ils existent encore et n'ont pas été regroupés dans les grandes villes. Comme pour les services fiscaux c'est tellement  plus rentable de supprimer les antennes des petites villes des déserts et de renvoyer les gens sur internet ou sur des serveurs.
 Je me demande à quoi servent nos impôts et nos cotisations... et qui empoche les sous générés par les serveurs vocaux de m...
Que ces gens là,  administratifs, et énarques en tout genre qui construisent ce type  de services "délocalisés et virtuels"  ne viennent pas nous emmerder avec les déserts médicaux. 
Ma demande de divorce est prête à partir, et il n'y aura rien à discuter .




*On me dira que l'URSSAF n'est pas tout à fait un service public mais du "privé sous contrat "et  personnellement je  trouve ça plus grave 
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Jours de flip

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Cette route je la connais par coeur : le tunnel,  l'aire de repos en travaux,  le péage, l'hôpital où je travaillais comme infirmier, les serres puis, au loin, la découpe de la ville. J'alterne zapping radio et CD de mes cours d'Anglais.

Le premier flip c'est  l'écoute du CD d'Anglais et la prise de conscience de mon niveau si faible : découragement,  désespoir,  peur de décevoir ceux qui me poussent et croient en moi. Honte de mes faiblesses, refus de mentir sur mes compétences minimes et  cette peur qui me prend aux tripes.
Alors, je bascule sur la radio : écouter des niaiseries (ou parfois choper une pépite) pour me changer les idées et là vient cette  culpabilité de me détendre alors que je devrais mettre le paquet sur mes cours d'Anglais. Découragement ... C'est plié ... Pour me donner bonne conscience,  je m'oblige à répéter à haute voix la présentation en Anglais qui décidera de mon avenir. J'essaye d'y croire, il faut que je sois bon, tout en restant honnête face à mes juges futurs. Et il faut que j'aie d'abord le courage de prendre rendez vous avec eux pour ce premier entretien d'embauche à 60 ans...
Il est midi : j'ouvre la porte de l'appartement et je lance un joyeux "bonjour papa, ça va ?". Il est là, assis dans son fauteuil. J'essaie d'oublier la faiblesse de sa voix, son équilibre précaire quand il se lève (et refuse mon aide) et sa marche  à tout petits pas derrière son déambulateur. 
Ce dimanche, il souhaite aller au restaurant ; c'est compliqué pour l'accompagner jusqu'à la voiture et encore plus compliqué pour l'installer dans cette  voiture pourrie  pas du tout  adaptée à un papa âgé trahi par ses jambes. 
Mais ça lui fait tellement plaisir d'aller dans ce restau où les serveuses le connaissent, lui sourient : il choisit presque toujours les mêmes plats du même menu, (moi aussi d'ailleurs) il est content et je le suis aussi d'avoir réussi à lui faire plaisir même si je frémis à chacun de ses gestes.   
Mêmes flips multiples  en sens inverse pour le retour. 
Il s'installe dans son fauteuil et s'endort devant la télé. Pendant ce temps je contrôle l'intérieur du frigo et je lui mets le couvert pour le dîner, parce que j'ai vu que chaque geste lui est un effort inimaginable. 
Je voudrais lui parler de notre vie et surtout  le questionner sur ce que j'ignore : la guerre et le lac de Constance, l'Indochine, mon grand père, les membres de la famille perdus de vue. 
Il me demande des nouvelles de Satelle ma petite fille, dont les photos sont un peu partout. Je lui dis qu'elle va bien, il ignore que si je la vois peu c'est parce que mon temps se divise entre mon boulot et ma présence à ses côtés.
Le soir venu, je ferme les stores et le monde extérieur s'efface ; je dois déjà partir car je ne suis pas au top pour conduire la nuit...
Angoissé, coupable, je reprends la route en l'abandonnant de nouveau tout seul face à sa peine, face à ses peurs.
Avant de démarrer la voiture, un dernier regard au balcon vide et cette peur glacée qui me ronge en écho...

    

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